Sous quel climat voulez-vous vivre?

Affaires Plus –  Mai 2006
Par Nicole Côté

Le climat organisationnel est l’espace psychologique dans lequel les gens travaillent.  Tantôt chaud, tantôt froid, tantôt harmonieux, tantôt orageux, il a un impact considérable sur la qualité de vie et la productivité de ceux et celles qui y baignent au quotidien.
Au cours de ma vie de consultante, j’ai constaté que certains milieux de travail rendent les gens fous.  Je pense à une usine à l’intérieur de laquelle un noyau de travailleurs négatifs et violents a fait régner la terreur et la médiocrité pendant des années.  Sauf quelques exceptions, les cadres qui y ont séjourné sont repartis épuisés et fragilisés.  Et parmi la majorité silencieuse et stable des travailleurs, un nombre effarant a souffert de maux de dos et de dépressions.  Non pas à cause des conditions de travail.  À cause de la peur, de la méfiance et de l’isolement.
Par ailleurs, il existe des organisations à l’intérieur desquelles les gens deviennent meilleurs et s’épanouissent.  J’ai rencontré, dans une institution gouvernementale, un groupe de mécaniciens qui formaient une équipe du tonnerre.  Ils travaillaient fort, investissaient temps et énergie pour tenir à jour leurs compétences techniques et étaient fiers d’offrir à leurs clients un service impeccable.  Ils vivaient dans la joie et étaient enviés par tous les autres services.
Un bon climat de travail comporte plusieurs éléments
–    La sécurité.  On n’a pas peur d’être bousculé(e), humilié(e), pris(e) en défaut, rejeté(e) ni menacé(e).
–    Le contact.  Les gens se regardent, se saluent, se parlent, s’intéressent les uns aux autres.  Les réunions sont des rendez-vous stimulants et animés.
–    L’authenticité.  On se sent libre d’être soi-même.  On n’est pas obligé(e) de jouer la politique ou de se noyer dans un troupeau.
–    La justice.  Il y a de l’équité.  Les récompenses et les blâmes sont justement attribués. Un des principaux facteurs de démobilisation dans les milieux hautement conventionnés est que l’on offre un traitement égal aux dévoués et aux mesquins, aux consciencieux et aux irresponsables, aux intelligents et aux incompétents.
–    L’éthique.  Chacun, chacune fait son travail et le fait bien.  Les gens ont une conscience professionnelle et se comportent en adultes responsables.  On a du respect pour son métier ou sa profession, son entreprise, ses collègues, ses clients, ses fournisseurs, voire ses compétiteurs.
–    La pertinence.  Le rythme de travail et le niveau de tension conviennent bien à la tâche à accomplir.  Par exemple on s’attend à ce que les employés d’aéroports qui servent des clients pressés manifestent un certain stress.  Dans un foyer pour personnes âgées, il est approprié de se comporter comme si on avait l’éternité devant soi.
–    La générosité.  La gentillesse, l’empathie et la compassion ont leur place dans tous les milieux.  Sinon, c’est la jungle du chacun pour soi.
Il faut beaucoup de génie et d’efforts pour créer et entretenir un bon climat
Le climat organisationnel est la résultante de l’ensemble des relations affectives que les membres de l’organisation établissent entre eux.  Est-ce à dire que tous et chacun en sont responsables?  Oui, mais certains(es) sont plus responsables que d’autres, les leaders.  On dit souvent que les deux pires calamités qui peuvent affecter la santé mentale d’une entreprise sont un mauvais patron et un mauvais délégué syndical.
Pour que nos milieux de travail deviennent des lieux de plus en plus propices à la productivité, au bonheur et au développement des personnes, les dirigeants d’entreprise et les chefs syndicaux doivent réaliser que la santé et la sécurité au travail ne dépendent pas uniquement de facteurs matériels.  Ce qui rend les gens malades la plupart du temps, ce n’est pas tellement le travail lui-même que l’ambiance dans laquelle ils travaillent.  Ensemble, les leaders auraient avantage à réfléchir sur les conditions psychologiques qu’ils veulent instaurer chez eux et travailler à devenir des exemples vivants d’intégrité, d’harmonie et de respect toutes leurs relations.