Beau, bon, pas cher

Affaires Plus –  Janvier 2001
Par Nicole Côté

Il y a beaucoup de personnes extraordinaires qui à force d’être méconnues en sont venues à se trouver ordinaires.

Une amie de ma fille, à qui je faisais un jour un compliment sur sa manière d’être, m’a surprise par sa réaction : «Moi? Une belle personnalité?» – Personne ne t’a jamais dit que tu avais une personnalité hors du commun?» lui répondis-je «Tes parents? Tes professeurs?»  «Non, dit-elle.  Mon père ne me parle jamais… et je ne parle pas à ma mère.  Quant à mes profs, ils s’en fichent».

Cette jeune fille originale, intelligente et attachante n’est pas la seule dans son cas.  Il existe bien des gens, dans nos entreprises comme dans nos écoles, qu’on néglige de reconnaître et qui faute d’être considérés, ne feront jamais rien de considérable.  Pourtant, leurs patrons disposent de systèmes d’évaluation et de renforcement sophistiqués.  Ces systèmes valent ce qu’ils valent mais n’accompliront pas de miracles s’il n’existe entre le manager et son employé un lien significatif.  Car pour reconnaître quelqu’un, il faut d’abord le connaître.

Reconnaître l’autre

Reconnaître, c’est être le témoin de l’autre, de ce qu’il produit, de ce qu’il fait, de ce qu’il est et lui manisfester notre appréciation de sa valeur de façon formelle ou informelle.

La reconnaissance formelle

La reconnaissance formelle est concrète, matérielle, souvent monétaire et est directement reliée aux résultats et aux efforts fournis.

Parmi les moyens formels de reconnaître, citons les augmentations de salaire, les bonus, les options, les promotions, les mentions honorifiques… Ces récompenses sont toujours appréciées mais elles risquent de devenir rapidement des droits acquis.  De plus, il y a des limites financières à prendre en compte lorsqu’on s’aventure sur ce terrain.  Il y a des entreprises qui apprécient énormément leur personnel mais qui n’ont pas les moyens de donner plus.  Pour celles-ci comme pour les autres, il existe un moyen «beau, bon, pas cher » de témoigner leur gratitude.

La reconnaissance informelle

La reconnaissance informelle, c’est d’abord la priorité accordée, l’écoute, la disponibilité, l’intérêt, l’intérêt, la vitesse de réaction, la réponse adéquate aux besoins exprimés.  La reconnaissance informelle, c’est aussi l’inclusion dans l’équipe, le partage d’informations, la confiance exprimée, le mandat intéressant.  C’est, enfin, une foule de petits gestes posés au quotidien :  le sourire, la tape dans le dos, le compliment, l’encouragement, la taquinerie amicale.

Si la reconnaissance formelle est en corrélation avec la performance, la reconnaissance informelle touche directement la personne.  Et c’est de là qu’elle tire toute sa puissance.  En effet, nous sommes beaucoup plus touchés par les commentaires sur ce que nous sommes que sur ce que nous avons accompli, que ce soit en positif ou en négatif.

Pourquoi hésitons-nous à reconnaître les autres ?

Des relents de « religiosité » nous amènent à associer reconnaissance et vanité.  On a peur que les gens s’enflent la tête.  C’est une façon de ne pas faire confiance à leur intelligence et à leur bon sens.
– On a peur d’avoir l’air «téteux».  Cette peur est une manifestation de notre égocentrisme.  On pense à soi et non à l’autre.
– On craint que les gens n’abusent de notre attitude positive et en profitent pour se reposer sur leurs lauriers.  Pourtant, c’est souvent le contraire qui se produit.
– On ne voudrait pas que les gens en profitent pour demander plus d’argent.  C’est la mesquinerie qui parle à ce moment-là.
– On ne veut pas faire d’élitisme.  Ce faisant, on oublie tout le monde plutôt que de créer chez ceux qu’on apprécie le plaisir d’être reconnus et chez les autres, le désir de s’améliorer.

Finalement, avec toutes ces craintes, on arrive à ne se parler que lorsqu’il y a des problèmes.  Quand ça va bien (et c’est le cas la plupart du temps), on se contente de dire : «Tout est sous contrôle, il n’y a rien de spécial.»

Les avantages de la reconnaissance

Savoir reconnaître les personnes c’est :
–    nécessaire : les gens en ont besoin et que tout besoin doit être satisfait;
–    efficace :  cela crée une énergie positive et un contact significatif;
–    rentable :  cela pousse au dépassement;
–    agréable :  il est valorisant d’être fier de ses collaborateurs.

Après tout, lorsque l’on berce son enfant, on se berce aussi.