Affaires Plus – Mars 2001
Par Nicole Côté
Récemment, je me suis retrouvée à préparer une conférence intitulée «gérer sa carrière».
De nos jours, on utilise le mot gestion à toutes les sauces. On gère ses finances, son agenda, sa garde-robe, son réseau, son couple… Mais peut-on vraiment planifier, organiser, diriger, contrôler tant de dimensions de sa vie ? Est-ce faisable ? Si oui, est-ce désirable ?
Quand un enfant vient au monde, on ne lui fait pas un plan de vie. On apprend à le connaître, on l’aime, on essaie de l’aider à être lui-même, à être heureux. Très tôt, il manifeste des désirs, des tendances, des talents, bref un programme intérieur. Et on s’aperçoit qu’on ne fait pas ce que l’on veut avec un si petit être. On ne peut qu’encourager l’émergence de cette individualité, la nourrir, l’accompagner.
Certains parents, forts en gestion, tentent d’imposer leur propre programme à leur enfant. L’expérience démontre que leurs tentatives échouent la plupart du temps et que si elles réussissent, c’est au prix de tellement d’affrontements et de renoncements que le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Ainsi en est-il de la carrière. Elle se vit, elle se rêve, elle se tisse au fil des ans et ce n’est souvent qu’après coup qu’on en saisit réellement le sens et l’essence. Et pour la construire on a besoin de ressources internes et externes.
Partir d’abord de soi
Idéalement, la carrière prend racine en nous. Plus elle correspond à nos rêves d’enfance, à nos habiletés innées, plus elle est vécue comme naturelle et satisfaisante. L’imagination joue un rôle vital chez les enfants. Leurs rêves sont l’embryon de leurs visions et de leur originalité. Quant à leurs talents, c’est à même ceux-ci qu’ils puiseront leur force et leur assurance.
Rencontrer une opportunité
La carrière commence à prendre forme lors d’une rencontre avec une personne (un professeur stimulant, un parent encourageant, un artiste admiré) ou un événement (déménagement, accident, cadeau, livre) qui réveille un désir et met en place des conditions pour passer à l’action. C’est « l’appel ».
Et lorsque vient l’appel, il faut avoir le courage de dire oui. C’est là que l’adulte se doit d’encourager l’enfant et même de lui donner une petite « poussée ».
S’investir
Il paraît que le génie est fait de 5% d’inspiration et de 95% de transpiration. Pour déployer ses ailes on a besoin de s’investir au niveau de la tête, du cœur et des tripes.
La tête aide à se connaître, à apprécier son potentiel avec justesse, à bien lire son environnement et à évaluer ainsi les exigences reliées à son rêve.
Le cœur donne la direction à suivre. Aller vers ce que l’on aime est la meilleure boussole qui soit : les lieux, les gens, les activités qu’on aime !
Les tripes sont les clés de la concrétisation du rêve. Elles donnent l’énergie, la persévérance et la discipline nécessaires au passage à l’action.
Être vigilant
Comme rien n’est jamais acquis, comme tout bouge, la carrière nécessite qu’on s’en occupe avec rigueur :
– en étant à l’écoute des signaux fins qui viennent de l’intérieur (symptômes physiques, variation d’humeur, fantaisies) comme de l’extérieur (échecs, rencontres, messages);
– en prenant périodiquement du recul pour faire des bilans, planifier des étapes, réviser ses objectifs, se donner des cibles.
Avoir du plaisir
À ce chapitre, souvenons-nous que :
– être réellement efficace c’est faire un minimum d’efforts et obtenir un maximum de résultats.
– Souffrir pour être heureux plus tard, ça ne marche pas.
– Se réjouir de ses succès et voir les apprentissages rendus possibles grâce aux échecs aide à garder le moral.
– Apprécier chaque moment de son évolution et être fier de ce que l’on est alimente la confiance en soi et l’estime de soi.
Mûrir
Il est normal en début de carrière d’accepter de payer pour apprendre. Peu à peu, on trouve sa juste valeur et on récolte ce qu’on a semé. Puis, arrive le moment de faire un bilan lucide afin de se préparer pour la suite. À ce sujet, les stratégies différent selon qu’il est du type « familial » ou du type « célibataire ». Les célibataires (ou carriéristes) ont tendance à favoriser leur carrière au détriment de leur vie privée. Les types «familles» font l’inverse. Les premiers ressentent à l’âge mûr le besoin de « se rattraper » sur le plan personnel. Ils ont besoin que leur entreprise leur laisse de la place pour la famille. Dans le cas des seconds, c’est l’inverse. Ils ont besoin que la famille leur laisse du temps pour s’épanouir professionnellement.
Il n’existe pas de formule magique pour réussir une carrière. Au départ, nous n’avons pas tous le même potentiel ni la même chance. Dans le processus, nous connaissons des réussites et des échecs, nous rencontrons des opportunités et des obstacles. L’important dans tout cela c’est de découvrir au fil de sa vie qui nous sommes, ce que nous voulons réellement et de cheminer consciencieusement et consciemment en vue de réaliser notre mission personnelle et d’en profiter à chaque instant.
