Partir avec élégance

Échange – Février 1986
Par Nicole Côté

Prendre la décision de quitter un emploi et réaliser son départ harmonieusement est presque aussi important que de bien vivre un divorce. En effet, dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle, la façon de terminer un cycle conditionne toujours le succès ou l’échec du cycle à venir. Tout contrat mérite donc d’être terminé avec soin et élégance.

La décision de changer d’emploi est également un processus évolutif. Sauf dans les cas de chance inattendue ou de transformation radicale, elle découle de l’insatisfaction face à l’emploi lui-même, aux conditions de travail ou aux personnes qui constituent l’environnement professionnel. L’insatisfaction peut être due à la détérioration de différents facteurs inhérents à l’emploi ou simplement au fait que l’individu s’est développé plus vite que son entourage et a besoin d’un plus grand défi, d’un environnement plus riche et plus stimulant pour continuer sa profession. Dans un cas comme dans l’autre, on doit prendre le temps de déterminer sa nouvelle voie si on veut éviter de répéter les mêmes erreurs et de revivre les mêmes impasses. C’est-à-dire qu’avant de partir à la recherche d’un emploi, il faut reprendre contact avec soi-même et se remettre en forme

Il existe trois façons de se préparer à trouver ce qu’on cherche :

1)    La première consiste à faire un retour en arrière et à retrouver l’époque la plus heureuse et la plus productive de sa vie, que ce soit dans son enfance, dans son adolescence ou à l’âge adulte. Il s’agit de reconstituer l’image de la personne que l’on était à ce moment-là et d’identifier ses goûts, ses activités, ses contacts et ses aspirations d’alors. Cet exercice permet de réveiller des émotions positives et de se brancher sur la source de vitalité la plus authentique qui soit.

2)    En second lieu, il est intéressant de demander du « feedback » à tous ceux qui sont capables et prêts à en donner. Le partage de ses rêves et de ses déceptions avec des gens attentifs et aimants permet souvent de cerner plus concrètement des aspects de soi-même que le retour aux sources avait remis en lumière. Que cette démarche confirme tout simplement ce que l’on pensait ou qu’elle corrige une certaine perception de soi, elle s’avère la plupart du temps enrichissante parce qu’elle apporte du réconfort et de la stimulation.

3)    Enfin, il faut ajouter à la réflexion et à la communication une série de mesures destinées à fournir l’énergie nécessaire pour passer à l’action. Pour pouvoir bouger, il faudra être en possession de ses moyens. C’est pourquoi la personne qui s’apprête à changer d’emploi doit rechercher systématiquement ce qui l’alimente et lui fait du bien physiquement, affectivement et intellectuellement. Elle doit se reposer, se faire plaisir et de se tenir le plus possible avec des personnes agréables et intéressantes. Parallèlement, elle doit éviter les sources de tension et de frustration.

Une fois la période d’orientation terminée, c’est l’étape active de recherche d’emploi qui commence. La phase finale de l’expérience de travail actuelle se déclenche simultanément. Et il va de soi que cette dernière phase doit être bien vécue, comme les précédentes. Il faut donc s’organiser pour quitter sans regret et avec l’impression qu’on sera un peu regretté.

Premièrement, le meilleur moyen de ne rien regretter est de prendre tout ce qui reste à prendre de l’ancien poste avant de partir. Ce comportement permet de profiter de tous les avantage qu’offre la situation présente et d’apprécier la valeur positive des décisions passées, ce qui protège l’image de soi et assure un bon niveau  d’énergie.

En second lieu, il est recommandé d’attendre d’être prêt avant de déclarer son intention de quitter. Cette stratégie est un gage de sécurité pour celui qui veut partir et de clarté pour celui qui reste. Elle épargne bien des hésitations et du chantage.

Finalement, il faut partir en beauté, c’est-à-dire avec un sentiment d’estime et de respect. À ce moment, trois types de message méritent d’être formulés. Il convient d’apprécier le travail accompli et les résultats atteints de part et d’autre au cours de la période qui se termine, de remercier les personnes qui ont contribué à son succès et à son bien-être et d’échanger de bons souhaits pour l’avenir.

Ces messages sont plus que des formules de politesse. Ils sont le reflet d’un cheminement mutuel teinté de maturité et d’élégance ou à tout le moins d’un minimum de civilité et de bon sens. Car la sagesse veut qu’on ne crache jamais dans les fontaines où on a bu. On ne sait jamais quand on y reviendra.