Bulletin de la CIIRQ – Mai 1990
Par Nicole Côté
«Dans le cadre de la Journée internationale de l’infirmière, le 11 mai 1990, le Comité d’éducation de la Corporation des infirmières et infirmiers de la région de Québec (Rive-Sud) avec le Foyer Sacré-Cœur-de-Jésus organisaient une activité-conférence à caractère régional. Celle-ci se tenait à Thetford-Mines avec comme conférencière invitée, Nicole Côté, docteure en psychologie, conférencière de renommée qui remporta en 1986 le Grand Prix de la réussite européenne. Plusieurs personnes nous ayant demandé le texte de cette conférence, nous vous en présentons donc le contenu pour le bénéfice des lectrices de la Corporation.»
La dynamique qui sous-tend le mouvement amorcé par les infirmières depuis quelques années me fait penser à celle qui a porté le Mouvement de libération des femmes, que nous avons toutes connu et auquel nous avons toutes participé plus ou moins activement. Bien entendu, la lutte n’est pas terminée, et nous devons continuer à nous battre quotidiennement pour que soient reconnus certains de nos droits et que nos acquis ne nous soient pas retirés par une indifférence tranquille. Malgré cela, force nous est d’avouer que le chemin parcouru depuis seulement vingt ans est non seulement appréciable, mais remarquable. À cet effet, les Québécoises peuvent d’ailleurs se féliciter, car les progrès réalisés dans plusieurs autres pays occidentaux – qu’on pense seulement aux Françaises qui appartiennent, pourtant à une culture proche de la nôtre, mais qui ont encore un bon bout de chemin à faire avant de nous rattraper.
Mon propos ne se situe pourtant pas là mais dans le parallèle qu’on peut tracer entre la lutte des infirmières et celle des femmes – il n’est d’ailleurs pas innocent que les membres de cette profession soient en majorité des femmes : une lutte pour la revendication de droits qui devraient ou auraient dû être reconnus depuis longtemps, le refus d’un asservissement qui a trop duré, etc. Aussi, la lecture d’Hypertension, document publié récemment par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, m’a-t-elle grandement réjouie, car cet essai traduit une prise de conscience et une détermination qui prouvent que les infirmières sont mûres pour le changement. J’y ai, d’autre part, reconnu une analyse intelligente, documentée, bien articulée et qui a l’avantage de nous éclairer sur la stratégie élaborée par les infirmières et infirmiers pour amener le gouvernement à se ranger à leurs demandes.
Malgré cela, je ne partage pas toujours le point de vue qui y est exprimé, notamment en ce qui concerne la stratégie proposée. Aussi, vais-je essayer, dans les lignes qui suivent, d’examiner ces stratégies et de préciser en quoi et pourquoi elles devraient, selon moi, être modifiées. Je me pencherai d’abord sur les stratégies collectives, en maintenant le parallèle déjà établi avec le Mouvement de libération des femmes, pour aborder ensuite la question de stratégies personnelles. Il me semble primordial de ne pas négliger cette deuxième question, car les infirmières vivent dans un système en constante évolution ou l’« hypertension » à laquelle elles sont soumises demande qu’elles se protègent et apprennent à développer leur pouvoir personnel – puisqu’il s’agit bien ici d’une question de pouvoir – à l’intérieur de ce système.
Vers une stratégie collective, ou quelques petites choses à éviter…
L’affranchissement des infirmières par rapport au pouvoir médical me semble devoir être considéré sous le même angle, comme je l’ai déjà dit, que l’affranchissement des femmes du pouvoir des hommes. Afin que les infirmières ne demeurent pas, comme elles le disent si bien elles-mêmes, « des femmes compétentes sous tutelle », il peut donc être utile de s’inspirer ici de l’expérience vécue par les femmes, expérience qui nous a démontré que certaines stratégies étaient plus efficaces que d’autres.C’est là-dessus que j’insisterai, car, à mon avis, la stratégie actuelle de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec est vouée à l’échec. Elle possède ses bons côtés, bien entendu, et elle a su nous prouver qu’elle pouvait être efficace, ne serait-ce qu’en sensibilisant le public à la cause des infirmières, et en alertant les infirmières elles-mêmes qui, dès lors, se sont regroupées et ont fait front commun.
Ceci ne suffit toutefois pas, et telle qu’elle se présente actuellement, cette stratégie échouera pour les trois raisons suivantes :
– elle échouera premièrement parce qu’elle est fondée sur une attitude passive et dépendante;
– deuxièmement, parce qu’elle propose une image de victime;
– et, troisièmement, parce qu’elle et trop émotive et agressive.
En effet, l’émotivité et l’agressivité qui caractérisent le comportement actuel de plusieurs infirmières peuvent difficilement attirer la sympathie. Qu’on se souvienne seulement de l’attitude hargneuse et vindicative de certaines représentantes du Mouvement de libération des femmes à ses débuts, et on comprendra ce que je veux dire. L’enfant qui boude, se plaint et se choque obtient rarement ce qu’il désire. Aussi, les infirmières doivent-elles se mobiliser et savoir que l’énergie négative attire au mieux la pitié, et, au pire, la condescendance.
Quant à l’image projetée, elle me semble on ne peut plus nuisible, car elle cantonne l’infirmière dans un rôle de victime acculé au laisser-aller et n’ayant d’autre choix que de rogner sur la qualité des soins. Cette option m’apparaît déplorable en ce qu’elle n’affecte que ceux qui n’ont aucun pouvoir réel par rapport à la situation, les malades, et en ce qu’elle risque de ternir l’image de la profession puisque du jour où quelqu’un avoue qu’il travaille mal, il perd sa crédibilité professionnelle.
Pour ce qui est de l’attitude passive et dépendante qui porte les infirmières à tout remettre entre les mains du gouvernement et à attendre que celui-ci agisse, elle ne peut qu’aboutir à un cul-de-sac, tout en renforçant la position de la partie adverse. C’est aux infirmières et à elles seules qu’il importe avant tout d’agir, et l’action amorcée engendrera à son tour l’action, principe de mécanique fort simple mais qui me semble tout à fait adapté au contexte. Les femmes ne se seraient pas libérées si elles n’avaient compté que sur le gouvernement et sur les hommes. Elles ont d’abord agi et ces derniers n’ont pu que suivre le mouvement. C’est ce qui se produira si les infirmières posent, individuellement et collectivement, des gestes concrets. L’heure n’est plus aux revendications, aux états d’âme ou aux récriminations, mais à l’action positive et concertée.
Prendre le taureau par les cornes
Plusieurs m’objecteront que tout le monde est d’accord sur la nécessité d’agir, mais que la réalité n’est pas toujours aussi simple. À cela, je répondrai que les moyens d’action dont disposent les infirmières ne sont pas aussi rares et complexes qu’on serait porté à le croire. Une tactique efficace se base souvent sur de simples attitudes qui finissent à elles seules par modifier en profondeur toute la dynamique qui préside aux relations entre les deux parties en cause.
Ce qu’il faut d’abord, je le redis, c’est que les infirmières cessent de compter exclusivement sur le gouvernement pour améliorer leur sort. Ici, le rôle des représentantes syndicales est très important, car c’est à elles de dire aux infirmières qu’elles doivent apprendre à compter sur elles-mêmes et à conjuguer leurs forces. Les syndicats doivent en outre obtenir la confiance de leurs membres et leur faire sentir qu’ils sont là pour les supporter et que leur seule raison d’être est d’améliorer des conditions de travail insatisfaisantes.
Les stratégies syndicales échouent souvent parce qu’elles négligent les individus et qu’elles mettent l’accent sur l’aspect négatif de la situation, son côté limitatif. À la réaction, il convient donc d’opposer ici l’action, à l’apitoiement sur soi, la confiance en soi, à la déprime, l’énergie et le goût de foncer. Les meneuses doivent à cet effet axer leur discours sur les éléments positifs de la situation et encourager leurs troupes à poursuivre leur action. Le meilleur exemple que je puisse donner à ce propos est celui de cet entraîneur de basketball que j’ai pu observer à Calgary, il y a quelques années, vers la fin d’un match disputé, et malgré le score misérable de son équipe, celui-ci continuait à encourager ses joueuses avec le sourire et à leur dire que l’important était de se donner à fond et de savoir ce qu’elles valaient et que l’important était de remporter la guerre.
De la même manière, les représentantes syndicales doivent faire comprendre aux infirmières, même lorsque la situation apparaît sans issue, qu’il faut miser sur leurs qualités personnelles et garder foi en leur pouvoir. Il faut leur dire qu’elles ont une force d’action énorme et qu’elles peuvent améliorer certains aspects de leur situation sans que le gouvernement intervienne immédiatement. Bien entendu, l’intervention gouvernementale est nécessaire à un certain moment – les infirmières ne peuvent en effet s’octroyer elles-mêmes les hausses salariales qu’elles réclament – mais cette intervention sera d’autant plus rapide et efficace si la partie patronale est mise en face de certaines évidences.
À l’inverse, et cela est tout à fait regrettable, on a l’impression que circule actuellement entre les infirmières un message non formulé qui leur fait croire qu’elles sont totalement impuissantes sans le gouvernement. Ceci est regrettable, car ce genre de message agit un peu à la manière d’un message subliminal, c’est-à-dire d’une façon insidieuse et souterraine qui finit par miner le moral et par saper l’énergie des troupes.
Il faut donc proposer aux infirmières un discours qui les incite à miser sur leur énergie vitale, et non sur les structures qui, de toute façon, resteront immobiles tant qu’on ne les aura pas secouées un peu.
Évacuez les Madeleines
Pour conserver le respect et l’estime qu’on leur porte et forcer le gouvernement à reconnaître l’importance de la tâche qu’elles accomplissent, les infirmières, au lieu d’essayer de prouver leur utilité en désertant la tâche, doivent au contraire se montrer toujours plus professionnelles en n’ayant pas peur de s’affirmer et de faire des choix, en travaillant vite et bien, et en faisant preuve de débrouillardise et d’autonomie. On ne le répétera jamais assez, l’image de la femme servante qui se plaint de son sort mais qui ne fait rien pour l’améliorer, dans son quotidien et avec les moyens dont elle dispose, est une image qui finit par piéger son sujet et par l’enfermer dans l’espace étouffant qu’il voulait fuir par ce moyen.
L’image idéale de l’infirmière compétente est celle d’une femme enthousiaste et sûre d’elle, qui a acquis les petits trucs du métier, qui respire la santé et qui, grâce à son attitude positive et à son toucher thérapeutique, a un effet placebo sur le malade. C’est aussi celle d’une femme sérieuse, expéditive et efficace qui fait sentir sa présence et qui n’a pas besoin de transformer le malade en passoire avant de lui trouver une veine. C’est enfin celle qui ne ressent pas le besoin de se déguiser en homme ou de nier sa féminité pour augmenter sa crédibilité. Pour se libérer, les femmes n’ont pas été obligées de se travestir. Elles sont au contraire devenues plus féminines et plus soucieuses de leur image de femme. Faites de même, car il est temps qu’on arrête d’associer féminité à faiblesse ou superficialité!
Les infirmières peuvent et doivent incarner cet idéal, qui n’est pas hors de portée et qui répond déjà au comportement de plusieurs, et elles doivent arrêter de dire que cela est au-dessus de leurs capacités, car on finira par les croire. Il n’est pas interdit de se plaindre, c’est même nécessaire dans certaines situations, ne serait-ce que se libérer d’un poids trop lourd, mais une fois ce poids évacué, il faut changer de chanson.
Aussi, chialez si vous voulez, mais, de grâce, chialez entre vous, en famille, et pas devant le monde. Il y a longtemps que les pleureuses apitoyées ont compris qu’elles ne retireraient rien à dévoiler leurs malheurs sur la place publique. De même, les femmes ne se sont pas libérées en geignant sur leur sort, mais en prenant ce sort entre leurs mains et en agissant.
Une main de velours dans un gant de fer
Les infirmières doivent donc déterminer leurs priorités et agir, choisir vite et discuter moins. Pour ce faire, elles ne doivent pas hésiter et demander de l’aide ponctuelle à ceux et celles qui les entourent. Il faut également qu’elles apprennent à se faire respecter et à dire non quand c’est non. Rapidement, elles s’apercevront que le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant, et que s’il est une chose, c’est qu’il tourne plus rondement ainsi.
Ce qui a sauvé les femmes, c’est que, sans bruit, elles sont retournées aux études, que, mine de rien, elles se sont éloignées de leurs fourneaux et ont décidé de faire moins d’enfants. Puis elles se sont mises à encourager leurs « chums » ou leurs conjoints à aller chez le nettoyeur et elles leur ont fait valoir le mérite qu’il pouvait y avoir à recoudre soi-même ses boutons de chemise. Ce faisant, elles ont peu à peu changé le visage de la société, créé de nouvelles habitudes et favorisé la création d’emplois destinés à combler les besoins que traditionnellement elles avaient la tâche de satisfaire : des réseaux de garderie se sont formés, les services de traiteurs se sont multipliés, etc. Elles se sont prises en main et la société n’en a pas été bouleversée.
Les structures se sont simplement assouplies et peu à peu modifiées. Bien sûr, tout ça ne s’est pas fait en criant lapin, et plusieurs hommes rechignent encore, et de nombreuses femmes ont été forcées de devenir des « superwoman », mais dans l’ensemble, la situation des femmes est quand même plus souriante qu’elle l’était il n’y a pas si longtemps.
Cet exemple devrait encore une fois servir aux infirmières : une action en douce mais efficace, déterminée, des objectifs précis et des moyens concrets. Comme les femmes l’ont fait, les infirmières doivent cesser de revendiquer et prendre.
Placez-vous les pieds
Les infirmières doivent aussi comprendre qu’il leur faut investir des endroits stratégiques et confier des positions clés à celles qui sauront le mieux exprimer qui elles sont et ce qu’elles veulent, tout en véhiculant une image positive de la profession.
Elles doivent prendre le contrôle des soins infirmiers puisque cela leur revient de fait et de droit, et occuper leur territoire, c’est-à-dire le reprendre en charge et non le délimiter et le sectionner en se plaignant qu’il est trop vaste et qu’elles ne peuvent suffire à la tâche. Le territoire est peut-être en effet trop grand pour l’effectif en place, mais les infirmières, en se rendant indispensables, doivent amener les autorités concernées à s’en rendre compte par elles-mêmes. Point n’est besoin pour les infirmières de crier sur tous les toits qu’il leur manque des ressources. Elles n’ont qu’à demeurer discrètes, et la valeur d’un objet augmentant avec sa rareté, on finira bien par s’apercevoir qu’elles ne sont pas assez nombreuses. En somme, il faudrait que les infirmières parviennent non seulement à signaler et à imposer leur présence, mais aussi à se faire désirer.
Non contentes d’occuper leur territoire, les infirmières auraient de surcroît tout intérêt à l’agrandir en développant leurs habiletés d’organisatrices. Elles pourraient, par exemple, se tourner vers la pratique des médecines douces ou créer leur propre entreprise dans le secteur privé. L’Ordre pourrait de son côté mettre sur pied un service d’orientation de carrière et un fond d’aide au démarrage d’entreprises de soins infirmiers.
Il serait par ailleurs important que les infirmières, petit à petit, se créent un réseau de support informel de façon à resserrer leurs liens et à faire circuler l’information entre les différents hôpitaux et services de santé de la province. Ce réseau pourrait aussi s’associer des médecins sympathiques à la cause, des hauts fonctionnaires, des politiciens et même des membres de la profession à l’étranger.
L’avantage de ce type de réseau est qu’il ne demande pas la mise en place de structures complexes. Il se forme et se développe de lui-même grâce à la bonne volonté et au désir de collaboration de ceux et celles qui le maintiennent. Un réseau informel, c’est un peu comme une mafia, le travail s’y fait en douce discrètement mais efficacement.
Quand on a compris tout ceci et qu’on s’est mis à la tâche, il est cependant bien de s’arrêter de temps en temps pour mesurer ses progrès. Rien de plus stimulant, en effet, que de constater que les efforts investis ne l’ont pas été en pure perte. Ceci dit, les résultats n’ont pas besoin d’être phénoménaux, il suffit d’une petite victoire ici, d’un petit changement là-bas, et peu à peu, le tableau se transforme et donne envie qu’on y ajoute encore quelques touches.
Vers une stratégie individuelle : pouvoir et estime de soi
À la lumière de ce qui précède, on voit qu’il est impératif pour les infirmières de développer leur pouvoir collectif. Cependant, elles doivent aussi se donner les moyens d’asseoir leur pouvoir individuel. Certaines règles peuvent à cet effet être très utiles.
Il faut d’abord savoir que le pouvoir se construit par étapes, patiemment, jour après jour, semaine après semaine. Celle qui veut accroître son pouvoir personnel doit commencer par contrôler ce qui se trouve à sa portée, et ne pas essayer, comme la grenouille de la fable, de se faire plus grosse que le bœuf. Elle doit aussi savoir que le pouvoir réside dans l’action, non dans l’inertie, et que la plus petite action donne plus de pouvoir que l’information la plus complète si celle-ci ne sert pas à l’action.
Le pouvoir est enfin une question de discipline et de fidélité à soi-même. Qui ne peut contrôler ses humeurs et déroge sans arrêt aux règles et objectifs qu’il s’est imposés peut difficilement acquérir ou conserver un pouvoir, si petit soit-il.
Il y a plusieurs façons d’augmenter son pouvoir, et l’un d’eux est tout naturellement d’accroître sa compétence. À cet effet, il ne peut pas être mauvais de se ressourcer à l’occasion en allant voir ce qui se fait ailleurs et en se tenant au courant des nouvelles méthodes en vigueur, des nouvelles techniques médicales, de nouveaux types d’approche, etc. En plus de consolider le pouvoir de l’infirmière dans son quotidien, ceci a pour effet d’améliorer son estime de soi et de rehausser sa qualité de vie. Ceci est d’ailleurs un autre domaine que les infirmières ne doivent pas négliger, car la qualité de vie accroît nécessairement la satisfaction personnelle, et, par conséquent, la qualité des soins qu’on dispense; être bien dans sa peau ne peut, d’autre part, qu’affermir l’ascendant qu’on a sur son entourage.
Investir dans sa qualité de vie, c’est aussi investir dans sa réussite professionnelle. Il est donc important d’aller de temps en temps refaire ses forces et se changer les idées. Comme n’importe qui, l’infirmière a besoin de s’accorder des moments de détente, de veiller à son développement et de prendre soin de sa santé. Malheureusement, le vieux dicton voulant que les cordonniers soient les plus mal chaussés s’applique trop souvent aux infirmières.
Sus aux démotivateurs
L’infirmière doit donc se rentrer dans la tête que le repos n’est pas un luxe mais, par-dessus tout, elle doit se défendre contre cette maladie qui frappe de plus en plus de professionnels de toute catégorie : la démotivation. Les démotivés chroniques qui traînent leur « burnout » comme un trophée sont un vrai cancer pour leurs proches. Je ne nie pas le fait que le « burnout » » motivé » existe, si on me permet le jeu de mots, mais quand on en devient un adepte ou un expert, il faut traiter le mal avant qu’il n’infecte son entourage. Et l’entourage doit lui-même se protéger contre cette déprime qui se propage aussi vite qu’un rhume.
Pour lutter contre la démotivation, qu’elle soit chronique ou pas, il suffit d’appliquer les règles énoncées plus haut : prendre soin de soi, se faire plaisir, se donner des occasions de se valoriser, etc. Il faut également éviter de traîner jusque chez soi tous les problèmes de son département. Quand elle quitte son milieu de travail, l’infirmière devrait prendre soin de ne pas laisser la porte entrouverte derrière elle, ça crée des courants d’air parfois malsains et ça laisse entrer les bestioles…
Petit train va loin
Réussir dans la carrière qu’on a choisie augmente d’autant les chances de réussir sa vie, et cela est, quoi qu’en disent les démotivateurs diplômés, une entreprise fascinante. Quelques principes applicables à qui que ce soit peuvent aider l’infirmière dans cette entreprise.
Qu’elle soit fière de sa spécialité d’abord, et qu’elle l’affirme avec sérénité. Qu’elle adopte une mentalité d’entrepreneur, qu’elle n’ait pas peur de foncer et de faire des choix si ses ambitions le lui dictent. Petit train va loin, dit-on, et si son désir est de devenir chef d’entreprise, cadre supérieur ou de se spécialiser en quoi que ce soit, qu’elle n’hésite pas, car il n’est vraiment trop tard que lorsqu’on a cessé de croire. Et, enfin, au risque de me répéter, qu’elle prenne par-dessus tout soin d’elle puisque humanité bien ordonnée… commence par soi-même!
Cet article a été rédigé à la suite d’une conférence prononcée par l’auteure auprès d’un groupe d’infirmières à Thetford-Mines, le 11 mai 1990.
La loi du nombre prévalant ici, nous privilégierons le féminin tout au long de cet article. Il va toutefois sans dire que nos propos concernent tout aussi bien les infirmiers que les infirmières.
Hypertension : l’urgence des choix, dossier publié par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, 1989.
Hypertension, op. cit., p. 29.
