L’âge de la réussite

La Revue des Ressources Humaines, Paris, novembre, 1990
Par Nicole Côté

Dans la vie d’un adulte, la quarantaine est une étape déterminante du développement personnel: c’est, en effet, au cours de cette décade que la personne décidera, une fois pour toutes, si elle fera quelque chose de significatif de sa vie ou si elle deviendra…. définitivement insignifiante.

Quarante ans, c’est le moment ou jamais de faire fructifier ses acquis, d’entreprendre des projets nouveaux ou de tomber amoureux.
La réussite de la vie après 40 ans suppose, toutefois, le respect de dix principes vitaux bien précis :

1.    COMMENCER À TRAVAILLER MOINS ET PLUS EFFICACEMENT

Idéalement, la quarantaine devrait être la décade de la «maîtrise» de soi et de son environnement. On ne peut pas dire d’un gestionnaire qui travaille 70 heures par semaine qu’il maîtrise son poste.
Pourquoi travailler moins? D’abord pour une question de santé mais, aussi, se donner une meilleure qualité de vie, pour s’épanouir personnellement, pour enrichir sa vie affective, bref, pour viser la réussite de tous les plans de son existence.

2.    TROUVER SON CHAMP DE SPÉCIALITÉ OU SA VOCATION

À quarante ans, on devrait se connaître suffisamment pour déterminer son cheminement de carrière des  vingt prochaines années. C’est l’âge des grandes décisions du type: «Je quitte la fonction publique» ou «Je fonde mon entreprise.» À 20 ans, à 30 ans, tout est ouvert alors qu’à 40 ans, il est souhaitable de canaliser ses énergies si on désire commencer à récolter le fruit de ses efforts avant la retraite.

3.    RECONSTRUIRE SON RÉSEAU INTERPERSONNEL

Au cours de la trentaine, les gens sont souvent isolés au niveau interpersonnel, l’énergie étant surtout consacrée à éduquer les enfants et à bâtir sa carrière. Une fois ces deux «dossiers» en bonne voie de réalisation, il importe de recréer des liens significatifs avec des personnes qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes aspirations que soi.
Il ne faut pas oublier qu’un réseau interpersonnel est supposé être une ressource, un enrichissement et non pas une obligation. L’amitié doit être à la fois facile et plaisante.

4.    S’OCCUPER ACTIVEMENT DE SA SANTÉ

Cela signifie prendre soin de sa forme physique en pratiquant des activités motivantes et relaxantes. Chacun doit faire preuve de précision dans ce domaine : s’agira-t-il de jogging, de tennis, de karaté ou de gymnastique douce? Une fois l’activité choisie, seule la discipline permettra de la maintenir à l’horaire quotidien ou hebdomadaire. C’est pourquoi il faut absolument aimer ce que l’on fait.

5.    ORGANISER SA VIE AFFECTIVE

Le début de la quarantaine correspond, dans la majorité des cas, à une période de réflexion face à son conjoint. Les enfants ayant moins besoin de leurs parents, ces derniers se retrouvent l’un face à l’autre plutôt qu’autour d’une tâche commune (l’éducation des enfants).
C’est habituellement le moment où se prend la décision soit de repartir sur des bases nouvelles, soit de rompre. Aussi difficile que puisse s’avérer cette remise en question, elle s’impose, car rien ne mobilise autant l’énergie que l’ambiguïté ou la résignation.
La force de l’impact qu’un individu exerce sur son environnement est directement proportionnelle à l’harmonie qui existe à l’intérieur et à l’extérieur de lui-même.

6.    SOIGNER SON IMAGE

L’image que projette une personne dépend de l’image qu’elle a d’elle-même. L’image se compose des éléments suivants :

1-    les symboles dont on s’entoure (vêtements, voiture, maison, etc.)
2-    l’apparence physique
3-    l’habileté à communiquer

En choisissant d’améliorer son image, on améliore l’opinion que l’on a de soi-même : ce processus nous apparaît plus rapide et plus rentable que l’inverse. On n’est jamais assez beau, mais il ne faut pas  oublier qu’après 40 ans, il faut un plus grand investissement pour obtenir un résultat égal à celui qu’on avait à 20 ans ou 30 ans… d’où l’importance de la vigilance.

7.    SE SITUER DANS UNE RÉALITÉ QUI DÉPASSE CELLE DE L’EGO

La philosophie prend de plus en plus d’importance à mesure qu’on avance en âge. À la fin de la première moitié de sa vie, chacun a plus ou moins prouvé ce qu’il avait à prouver extérieurement. C’est alors que la vie intérieure prend une nouvelle dimension et qu’il est temps de s’intégrer à un univers plus grand que soi.
Nourrir sa vie intérieure, cela signifie trouver un sens à sa vie, se donner un idéal humanitaire, spirituel, social, scientifique ou religieux de façon à sentir que l’on contribue à une cause qui dépasse la banalité du simple «métro, boulot, dodo».

8.    CONSOLIDER SA SITUATION FINANCIÈRE

À 40 ans, le principe qui prime, c’est d’allier l’utile à l’agréable et d’obtenir un équilibre entre la réalisation de son idéal et son confort financier.
Bref, le temps du voyage initiatique, du bénévolat en Afrique ou du retour aux études est révolu : mieux vaut réserver ces activités pour la retraite. Ceux qui jouent indûment avec leur sécurité le regrettent parfois amèrement.

9.    PLONGER ET RISQUER

C’est le temps ou jamais de relever les défis qui se présentent, de partir de son entreprise, de réaliser son rêve de jeunesse, car les occasions se feront de plus en plus rares. De plus, si on n’affronte pas ses peurs et ses doutes à ce moment, il y a bien des chances qu’ils s’installent définitivement et entraînent avec eux le regret de n’avoir pas osé.

10.    ASSUMER SON ÂGE EN TOUTE SÉRÉNITÉ

Quarante ans, ce n’est ni trop vieux, ni trop jeune. C’est l’heure de se dégager des contraintes artificielles, de savourer son indépendance et d’aller à l’essentiel.
C’est le moment de choisir ses règles du jeu, de s’apprécier pour ce que l’on est et de s’exprimer avec fierté.

EN BREF :
Il existe deux sortes d’individus : ceux qui subissent les événements et ceux qui les programment. Chacun a le loisir de choisir le groupe auquel il veut appartenir.
Il existe également deux façons d’envisager la quarantaine : certains regardent en arrière et regrettent leur jeunesse en se disant qu’ils ne seront plus jamais les mêmes, d’autres considèrent qu’à 40 ans, les grands apprentissages de la vie sont faits et que le meilleur reste à venir.
À chacun de choisir la vision qu’il entretient de la seconde moitié de sa vie.