Combattre la solitude

La Revue des Fermières, novembre-décembre,1986

Par Nicole Côté

Les individus ne sont pas faits pour être seuls. Ils ont besoin de recevoir de l’affection et de la stimulation, de partager avec d’autres et d’avoir de la compagnie. Pourtant, dans notre société moderne, à l’ère des communications, de plus en plus de personnes se retrouvent isolées et tristes de l’être.

Au sujet de la solitude, plusieurs idées fausses circulent, la première et la plus répandue étant que les personnes seules le sont parce que, dans le fond, elles préfèrent ne pas s’occuper des autres et aiment mieux rester en retrait. Cette idée ressemble aux énormités que l’on entend, face au viol, à la misère et autres malheurs. Pour se défendre contre l’anxiété que génère la détresse des victimes ou pour ne pas avoir à s’en occuper, plusieurs personnes préfèrent nier leur réalité et prétendre qu’inconsciemment, elles jouissent de leur malchance. Quelle aberration! Il suffit d’être à l’écoute des gens abandonnés et esseulés pour s’apercevoir que même si certains ermites choisissent de vivre en marge de la société ou si, par moment, chacun a besoin de se retirer, la solitude est difficile à vivre pour la majorité des gens.

La seconde illusion que l’on cultive systématiquement consiste à croire que le seul moyen de sortir de la solitude est de trouver l’âme sœur. La littérature classique et la culture populaire s’entendent pour nous convaincre que, sans prince charmant ou sans dame de cœur, le bonheur est impossible. Pourtant, les exemples de célibataires heureux ne manquent pas et plusieurs individus qui vivent en couple affirment que même si leur conjoint est extrêmement précieux, il ne suffit pas à remplir leur vie. Donc, le grand amour n’est pas la solution magique aux problèmes d’isolement. Pour combattre la solitude, il faut savoir s’entourer de nombreuses personnes qui pourront nous aider à satisfaire différents besoins.

ÉTABLIR SON RÉSEAU DE RESSOURCES AFFECTIVES

Jusqu’à un certain point, l’existence de chaque personne est fonction de celle des autres. En effet, pour satisfaire la plupart de ses besoins, l’individu doit mettre son environnement à contribution. La survie, la sécurité, la vie sociale et affective, l’estime et la réalisation de soi nécessitent l’aide, le support et la participation d’autres personnes. Un bon réseau interpersonnel comprend donc des individus de types différents avec lesquels on établit des relations d’intensité variable.

a) Certaines personnes sont des appuis en nous servant tout simplement de bons modèles. Elles nous inspirent. Il n’est pas nécessaire de leur parler ni même de les connaître personnellement. Les imiter tout simplement favorise l’apprentissage.

b) D’autres nous aident de façon ponctuelle. En effet, dans chaque communauté, on retrouve des « agents de référence ». Ce sont des individus qui peuvent nous orienter vers les ressources nécessaires à la satisfaction de nos besoins. Ce type de support va de la simple indication de la route à suivre en voyage, à la facilitation d’un contrat pour l’obtention d’un emploi.

c)  Il y a des  personnes-ressources, professionnelles ou non, qui peuvent être très aidantes à cause du soutien qu’elles nous apportent lorsque nous faisons face à des situations difficiles. Psychologues, confidents, patrons, etc., peuvent jouer ce rôle de ressources. Bien sûr, ils ne remplacent pas des êtres chers mais en situation de crise, ils réconfortent, orientent et apaisent.

d)   Plus directement, le fait de se retrouver avec des collègues  dans l’action (équipes sportives, voisinage, clubs sociaux) est réconfortant. Les compagnons d’activité n’ont pas besoin de devenir intimes pour s’entraider. Il suffit d’être là, disponibles et actifs.

e)  D’autres individus ou groupes nous supportent en respectant notre compétence, en reconnaissant clairement nos habiletés et en nous encourageant.

f)    Il existe également des gens qui nous stimulent à nous développer en nous posant des défis. Ils nous forcent à nous dépasser en nous donnant des responsabilités et en nous fournissant des occasions d’exploiter nos talents.

g)    Les amis intimes sont des personnes de qui on se sent compris et qui s’intéressent à notre développement personnel. Parfois, on peut être de longues périodes sans les rencontrer, mais le simple fait de savoir qu’ils existent et nous aiment est supportant.

h) La famille est évidemment un élément extrêmement important du réseau interpersonnel.  C’est avec la parenté qu’on célèbre les événements majeurs de la vie. C’est la famille qui nous accompagnera vers notre dernier repos.

i)  Enfin, une relation amoureuse privilégiée constitue une source de chaleur et de réconfort  douce et précieuse.

DÉVELOPPER ET ENTRETENIR SON RÉSEAU INTERPERSONNEL

Parmi les cinq milliards d’individus qui cohabitent sur la planète, plusieurs sont des sources potentielles de support et d’affection. Mais pour y avoir accès, il faut développer un certain nombre d’habiletés, notamment :

1)    savoir utiliser les appuis existants;

2)    être capable d’inspirer l’aide, avoir l’air d’avoir des besoins, ne pas faire semblant d’être au-dessus de tout;

3)    demander le support dont on a besoin;

4)    mobiliser le support, demander directement et fermement, insister, si nécessaire;

5)    voir le support lorsqu’il est offert;

6)    recevoir l’aide, prendre ce que les autres donnent;

7)    remercier.

Chaque individu a besoin de s’entourer de personnes qui le supporteront et le nourriront tout au long de son cheminement. Plus son réseau de support interpersonnel est diversifié, plus il est solide et enrichissant. Ceux qui comptent sur une seule personne pour satisfaire leurs besoins affectifs, intellectuels, physiques et sociaux, deviennent dangereusement dépendants de cette personne et ont tendance à l’exploiter honteusement. Ceux qui disposent de nombreuses ressources sont moins vulnérables et ont plus de chance d’obtenir ce qu’ils veulent.