L’Entre-Gens – Octobre 1994
par Jean-Guy Trinque
Un déménagement, un nouvel emploi, une restructuration administrative, une séparation… personne, aujourd’hui, n’est à l’abri de l’incertitude, de la frustration et du stress. Comment traverser ces périodes de turbulence ? Nicole Côté, psychologue et spécialiste en développement personnel et organisationnel, nous livre des conseils.
En période de grands bouleversements, la règle numéro un est de regarder la réalité en face. Dans une situation difficile, selon Nicole Côté, les gens ont souvent tendance à jouer à l’autruche et à se mentir à eux-mêmes. Il faut faire l’effort de demeurer lucide et de considérer ce qui nous arrive avec le plus de réalisme possible.
L’angoisse et la colère sont des réactions normales quand on vit de l’insécurité et de la frustration. Il ne faut pas chercher à combattre ses émotions, mais plutôt les exprimer au moment et dans des lieux qui conviennent. La crise de larmes n’a rien de répréhensible. C’est plutôt une réaction très saine.
Imaginer le pire
En situation d’incertitude, conseille Nicole Côté, envisagez tous les scénarios possibles, en commençant par le pire, et élaborez une stratégie en fonction de vos différentes hypothèses. Imaginer le pire est une bonne façon de ne pas se faire dépasser par les événements et de demeurer en contrôle de sa situation.
«Imaginer le pire, précise Nicole Côté, pas pour faire des cauchemars mais pour se préparer à toutes les éventualités. Vaut mieux prévenir que guérir, réagir que subir. L’erreur, c’est de ne rien faire et de croire que quelqu’un d’autre va trouver des solutions à notre place. Les problèmes ne disparaîtront pas d’eux-mêmes. Il faut être proactif.»
Regarder la réalité en face, c’est aussi faire l’inventaire de ce qui va bien, de tous les aspects positifs de sa vie : j’ai encore un «job», mes enfants sont en pleine santé, j’aime ma maison, je sais qu’il existe des programmes de formation, j’ai telle ou telle habileté, etc.
Il peut arriver qu’on ne trouve rien de positif en soi, que la déprime soit totale et que l’on soit sur la voie du «burnout» ou de la dépression. Si vous ne trouvez pas en vous l’énergie nécessaire pour entreprendre quoi que ce soit, si tout va vraiment très mal dans votre vie (votre mère souffre d’Alzheimer, votre mariage est en danger…), il faut alors aller chercher de l’aide.
La plupart des grandes entreprises ont des services d’aide pour les employés et la Fédération ne fait pas exception avec son Programme d’aide aux employés (PAE) que vous pouvez rejoindre au 875-9170 pour la région de Montréal et au 1 800-465-6390 pour les autres régions du Québec. «Il est pertinent de s’en servir en période difficile», conseille Nicole Côté.
L’estime de soi et celle des autres
Quand on se sent menacé dans son travail ou dans sa vie affective, la perte de confiance en soi est le plus grave danger qui nous guette. Ce n’est pourtant pas le moment de douter de ses capacités.
On est toujours plus fort qu’on ne le pense et on vaut toujours plus qu’on ne le croit. Pour regagner l’estime de soi-même, Nicole Côté suggère de dresser une liste de ses réalisations passées, de se rappeler ses bons coups et de faire l’inventaire de ses talents et de ses aptitudes.
Quand la mer devient trop tumultueuse, les gens en difficulté sont souvent tentés de se replier sur eux-mêmes. L’isolement n’est pas la solution. En période difficile, il est important de garder un bon contact avec son entourage. Il faut faire savoir à ses proches qu’on est vulnérable et qu’on a besoin plus que jamais d’être gâté. Quand on vit dans l’adversité, il arrive souvent qu’on devienne agressif et désagréable à l’endroit des gens qui nous entourent. Ce n’est pas en étant insupportable qu’on obtiendra l’attention et le soutien dont on a besoin. Il faut contrôler ses humeurs et prendre garde de ne pas abuser de la patience de son entourage. Au travail, par exemple, c’est le moment d’être solidaire avec ses collègues et non pas de partir des guerres et d’être en compétition avec eux.
Agir sur ce que l’on contrôle
Dans une mauvaise passe, quand on sent le tapis se dérober sous ses pieds, il faut savoir faire la distinction entre les choses que l’on ne contrôle pas et celles que l’on contrôle, puis se concentrer et agir sur celles que l’on contrôle.
Vous n’êtes pas responsable, par exemple, de la réorganisation administrative décidée dans votre entreprise. Il vous appartient, par contre, de trouver les moyens de l’accepter. Vous n’avez pas de contrôle sur les décisions de votre employeur mais vous pouvez contrôler votre humeur, la qualité de vos relations avec vos collègues, l’apprentissage de nouvelles habiletés, etc.
Votre corps fait partie des éléments que vous pouvez contrôler. En période de vulnérabilité, il est particulièrement important de se maintenir en bonne forme physique. C’est le temps de faire de l’exercice et de soigner son alimentation. Une personne en forme réagit plus vite et sait mieux profiter des occasions favorables qui se présentent.
Il peut arriver, par ailleurs, que le poids de nos problèmes nous paraisse si lourd qu’on se sente paralysé et qu’on ne sache pas trop comment redémarrer, par où commencer. Il faut alors se satisfaire de petits projets que l’on sera en mesure de réaliser. Quand on se sent vaincu, les petites victoires deviennent importantes.
«Dans une mauvaise passe, vous devez devenir la personne la plus importante au monde, dit Nicole Côté. C’est le moment de vous faire plaisir, de vous tourner vers ce qui vous stimule et de faire ce qui vous intéresse vraiment. Quand vos problèmes viennent de votre environnement, il faut vous centrer sur vous-même et puiser dans vos ressources intérieures pour rebondir et reprogrammer votre quotidien.»
Vivre de grands changements est toujours inconfortable et insécurisant. Mais cette situation peut aussi être le moment de remises en question salutaires et le début d’une période de grande créativité. On le sait tous par expérience : dans la vie, ce qui apparaît d’abord comme une malédiction se révèle souvent, avec le temps, une chance inespérée.
