Au-delà de sa propre personne

Affaires Plus – Septembre 1999
AU DELÀ DE SA PROPRE PERSONNE
Par Nicole Côté

S’aimer soi-même est une condition essentielle à la croissance d’un être.  Puis, quand l’amour de soi s’épanouit, c’est l’amour de l’autre qui se développe.
Au cours d’une soirée de retrouvailles, un employé de soutien, à la retraite, attira mon attention :  il était rayonnant.  Lorsque je lui ai demandé son secret pour rester en aussi bonne forme, il m’a répondu :  «C’est le bénévolat… Madame.»  Cet homme contraste avec beaucoup de gens âgés qui deviennent ennuyeux à force de parler de leurs bobos, de leurs voisins, de leur score au golf ou de la valeur de leurs actions.  Il a découvert qu’après avoir pris, il faut redonner.
Le besoin d’être utile, de donner est présent à tous les âges de la vie.  Très tôt, les enfants prennent plaisir à rendre service, à participer à la vie collective et ce, même s’ils sont très occupés à se construire et à conquérir leur indépendance.
C’est dans la quarantaine que la question de l’utilité se pose avec le plus d’acuité.  À cet âge, on a acquis un minimum de sécurité et de liberté d’esprit.  On a déjà eu quelques voitures, une ou plusieurs maisons, on a voyagé.  On a développé ses compétences.  Et on sent qu’on n’aura pas toujours l’énergie d’entreprendre plus grand.  Alors se présente un choix fondamental :  faire quelque chose de significatif du reste de sa vie… ou devenir définitivement insignifiant.
L’insignifiance découle du conformisme et de la répétition.  C’est l’option que prennent ceux qui éludent la question du sens de leur vie et poursuivent leur course folle vers le «plus» :  plus de pouvoir, plus d’argent, plus de notoriété.
Faire quelque chose de significatif de notre existence, c’est trouver un idéal qui nous dépasse.  Cet idéal peut être humanitaire, politique, scientifique… peu importe.  Il assurera un juste retour des choses et nous gardera vivants, influents et utiles.
Pourquoi donner et servir ?
Dans le monde des affaires, la générosité n’est pas un thème très prisé.  On y fait appel lorsqu’il y a des crises à régler, mais on retourne vite à la course aux profits lorsque les esprits se sont calmés.  On se pose rarement la question de sa responsabilité par rapport à son environnement.  Pourtant, il y a plusieurs raisons de vouloir contribuer à l’évolution des autres :
– C’est naturel – Notre relation à l’environnement évolue suivant quatre grandes étapes :  la dépendance (l’enfance);  la «contredépendance» (l’adolescence) ;  l’indépendance (l’âge adulte);  l’interdépendance (la maturité).
Une personne d’âge mûr centrée uniquement sur elle-même a autant de problèmes et est aussi pénible à supporter qu’un individu de 30 ans qui serait en réaction à l’autorité.  Au lieu d’être un adolescent attardé, c’est adulte attardé.
– C’est juste et nécessaire – Si on veut pérenniser ses créations, il faut investir dans la relève.  Si on veut sauvegarder une certaine paix sociale, il faut que les plus nantis partagent avec les plus démunis.
– C’est reposant et rentable – Le fait de se centrer sur l’autre libère des soucis que l’on se fait pour soi-même.  Et parce que l’on peut continuer à progresser et à rayonner à travers les autres, nos résultats s’en trouvent bonifiés, sans plus d’efforts.
– C’est plaisant et valorisant – Une cliente me disait, après un congé de maladie prolongé :  «Lorsque je me suis affranchie de l’esclavage corporatif, j’ai redécouvert le plaisir de gâter ceux que j’aime.»  Donner du temps aux autres, c’est se permettre de vivre avec eux, de leur donner certes, mais aussi d’en profiter.  J’ai toujours pensé, par exemple, que quand on berce un enfant, on se berce aussi.
Comment donner davantage ?  Pour ceux et celles qui veulent s’ouvrir aux autres, il est bon de se remémorer quelques pensées «utiles» :
– Pour donner, il faut avoir la sensation d’en avoir assez pour soi.  Il se peut qu’à 40 ans, on ait du rattrapage à faire.  Il faut alors «re-prendre» un peu afin d’être ensuite disponible pour les autres.
-On n’est pas obligé de donner à tout le monde.  Il y a ceux que l’on aime, qui nous sont précieux :  c’est à eux que doit revenir la meilleure part.  Il y a ceux dont on est responsable :  les employés, les clients…  Il y enfin ceux qui nous arrivent de façon imprévue.  Ces derniers sont souvent un bon test pour notre générosité.
– Ce n’est pas tant les services concrets que l’on rend, ou l’argent et les ressources que l’on donne, qui importent.  C’est plutôt l’attitude d’ouverture et d’attention authentique qui est reçue par l’autre.
– Finalement, un véritable don est gratuit.  Il n’exige rien en retour.  Et ce qui est intéressant, c’est qu’on finit toujours par récolter ce que l’on a semé… plus tard, et souvent ailleurs.